Petit Jean a joué au foot
Pour faire plaisir à papa
Les médailles, il les a eues toutes
En revanche, jamais le choix
Petit Jean est devenu docteur
Pour le bonheur de papa
Juste pour son honneur
Pour qu'il le crie sur tous les toits
Petit Jean s'est marié
Pour faire comme papa
C'est le passage obligé
Pour devenir un papa
Merci papa petit Jean
D'avoir réduit à néant
Les désirs de ton garçon
Qui n'a jamais écouté son coeur,
seulement tes raisons
Petit Jean qui rit
Jamais ne doit pleurer
Sinon toute sa vie on le traitera de pédé
Papa petit Jean
A si bien fait son travail de père de famille
Qu'il en a oublié un détail
Petit Jean n'aime pas les filles
Aujourd'hui Petit Jean est devenu grand
Il vit sa vie comme il l'entend
Il ne joue plus au foot
Rien à foutre
Il ne joue plus non plus au docteur
Il préfère faire l'acteur
Quant à l'amour c'est nimporte naouaq
Il hésite encore entre Pierre, Paul et Jacques
Et enfin papa Petit Jean n'est plus de ce monde
Il repose à six pieds sous terre
Est-ce que tu crois que dans sa tombe
Il éduque maintenant les vers ?
Tu n'as pas le monopole de la verve assassine
D'un revers de mots je peux te tordre le cou
Tu sais que tu as tort et pourtant tu t'obstines
La mauvaise foi chez toi est affaire de dégoût
Tu te plainds sans cesse de cette graisse qui t'entoure
Et pourtant tu t'engraisses de 1001 calories
Tu dis que tu ne sais pas comment on peut te faire l'amour
Et bien on ferme les yeux et on pense à autrui
Tu es un putain de castré de la démonstration
C'est à se demander si les choses te touchent parfois
On dirait que rien ne t'atteint, pas même une exécution
Tu gardes tout pour toi, aussi bien la colère que la joie
J'en ai marre d'entendre la complainte du chômeur
Si tu n'attendais pas passivement que ça tombe
Tu te trouves des excuses pour rester un branleur
En portant sur tes épaules toute la misère du monde
Plus je relis ces mots et me les répète
Plus je me sens directement concerné
Et lorsque je lis l'en-tête
Je comprends mieux que tout simplement
Ces mots me sont adressés
Née d’une famille de coiffeurs
Dans la rue du Coureau
Elle porte très tôt dans son cœur
La passion des ciseaux
Le fondateur de la maison
N’est autre que son grand père
Qui repose déjà depuis quelques saisons
Dans une mise en bière
Il faisait partie de ces hommes et ces femmes
Qui ont vu bien trop d'étoiles
S'éteindre dans les flammes
Sans pouvoir mettre les voiles
Elle héritera du salon de coiffure
Et sans le vouloir d’un passé lourd à porter
Mais qu'importe le poids de ces blessures
Elle est taillée pour tailler
Et puis il y a les risques du métier
Les gros cas de conscience
Qui la ramènent à son passé
Avec une extrême violence
Un homme se présente au salon
Elle lui demande comme d’accoutumer
« Alors que fait-on ? »
La réponse tombe comme un couperet
« On tond »
Souvenirs douloureux
Le refus est catégorique
« Ici on ne fait pas ça monsieur,
Ca n’a rien d’artistique ! »
Le souvenir de son grand-père refait alors surface
Ainsi que les récits d’une époque de rafle
Malgré le temps qui passe
Elle en subi encore les traces
Ainsi va la vie et ainsi soit le fardeau
De la petite coiffeuse de la rue du Coureau
Rien ne sert de conduire, il faut partir à jeun
Le conducteur et la mort en sont un témoignage
Je vous parie ce soir que vous ne tiendrez point
De ne boire que de l’eau, puisque vous vous dites sage
Entra en boîte le conducteur déterminé
" Madame la rabatjoie, il faut vous résigner
Ce soir vous n’aurez pas raison de mon sort
Sage ou pas, je parie encore "
Le pari pris, tous deux passèrent une bonne soirée
Le conducteur se délectait
La mort, quant à elle, se réjouissait déjà
Des âmes inconscientes qui à l’aube passeraient de vie à trépas
Le conducteur se trouva fort dépourvu
Quand l’aurore fut venue
La mort se hâtait avec lenteur
Et savourait sa douce victoire
De savoir que sonnait l’heure
De celui qui tint la gageure à peu de gloire
" Eh bien !
lui souffla-t-elle, n’avais-je pas raison ?
A quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, vous emporter ! et que serait-ce
Si vous étiez allé au bout de votre résolution ? "